Hypnose, son efficacité sur la colopathie par Flik and co.

Contexte : 

Les effets de l’hypnose sur le syndrome de l’intestin irritable (SII) sont étudiés depuis les années 80 mais des essais de qualité manquent à l’appel ! En 2011, Flik et ses collaborateurs lancent une étude clinique considérable aux Pays-Bas. Elle se déroulera dans pas moins de 12 centres néerlandais ! Cette étude clinique durera quelques années sans compter son analyse. Les résultats sont prêts et publiés en 2018 !

Au départ, il y avait presque 500 patients volontaires pour l’étude, au final ils seront 342 (ceux qui ne sont plus éligibles, ceux qui abandonnent, ceux qui ne suivent pas les règles…). 

Méthode : 

Ces 342 patients atteints du SII sont repartis aléatoirement, on parle d’étude randomisée. Il y a ceux qui suivront : 

  • L’hypnose en entretien individuel, 6 séances de 45 min,
  • L’hypnose en groupe de 6 personnes, 6 séances de 60 min,
  • La thérapie de soutien éducatif en groupe de 6 personnes, 6 séances de 60 min.

La thérapie de soutien éducatif sert de groupe témoin, il s’agit d’échanges au sujet du SII avec des praticiens. 

Comme toutes bonnes études cliniques, les critères pour participer à l’étude sont strictes et le déroulement de l’étude est très cadré. Pour vous donner une idée : les patients n’ont pas le droit de changer de traitement au cours de l’étude sans l’accord du médecin.

Hypothèses à tester : 

  • L’hypnose soulage plus efficacement la colopathie que la thérapie de soutien éducatif ?
  • L’hypnose a le même effet en groupe ou en individuel sur la colopathie ?

Une unique question mesure l’amélioration générale des symptômes :

Avez-vous eu un soulagement adéquat des douleurs ou des malaises abdominaux liés au SII au cours de la semaine passée ? 

Mangel AW et al., 1998

Des questionnaires spécifiques permettent de quantifier d’autres critères comme :

  • La sévérité des symptômes,
  • L’amélioration de la qualité de vie, 
  • Le coût de la prise en charge, etc…

Résultats :

À la fin des thérapies, 40% des patients « hypnose en individuel », 35% des patients « hypnose en groupe » et 17% des patients « thérapie de soutien éducatif » présentaient un soulagement adéquat des symptômes.

  • L’hypnose semble plus efficace que la thérapie de soutien éducatif sur le SII (40% et 35% > 17%),
  • L’hypnose en groupe et l’hypnose en individuelle sont autant efficaces (40% ≃ 35%)Intéressant aussi pour le portefeuille: prise en charge collective = réduction des coûts!

Quelques mois après l’arrêt des thérapies, ces résultats sont conservés: les bénéfices des différentes thérapies perdurent dans le temps

De plus, suite aux différentes thérapies, la sévérité des symptômes et le coût de la prise en charge ont diminué et la qualité de vie a augmenté. Les effets sont équivalents d’une thérapie à l’autre.

  • Sur ces critères, l’hypnose est autant efficace que la thérapie de soutien éducatif (et inversement) par rapport au début de l’étude.

Limites :

La principale limite est que bien souvent la simple participation à une étude clinique entraine une amélioration par effet placebo. Pourquoi? Rien que le fait de savoir que l’on ira potentiellement mieux peut nous aider, on est pris en charge, on espère un changement. On pourrait l’appeler : le placebo par l’accompagnement et l’espoir d’aller mieux. On ne peut jamais vraiment savoir. Si vous voulez mon avis, le principal, c’est que ça marche!

Cette étude n’est pas réalisée à l’aveugle, les patients savent quelle thérapie ils suivent, cela instaure aussi un biais.

La proportion du nombre de patients par groupe n’est pas respectée, il y a 3 fois moins de patients dans le groupe « thérapie de soutien éducatif » que les groupes hypnose. Les auteurs aimeraient améliorer cet aspect dans leur prochaine étude. 

Cette étude a commencé en 2011. A l’époque, les patients étaient diagnostiqués via les critères de Rome III. Depuis 2016, suite à une mise à jour, les patients sont diagnostiqués via les critères de Rome IV! On efface tout et on recommence? IMPOSSIBLE… rien que vis-à-vis du coût de l’étude! Avec cette modification, des patients qui étaient considérés atteints du SII ne le seraient plus aujourd’hui. Avec ces critères plus pointus, les résultats seraient peut-être différents à l’avantage (ou non) de l’hypnose! Qui sait 😉

Source: Flik et al., 2018, Lancet Gastro & Hepato.

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